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Marie Pascale

8 mai 2020

Etait-ce la 1ère fois ?

Non, je ne  crois pas tant…. faire un pas vers l’extérieur appartient, me semble-t-il, au grandir c’est à dire au principe même de développement !

Mais qui donc commet ce pas ?

Répond-il à une instance intérieure ? Obéit-il à une injonction de l’extérieur ?

Si, comme moi, vous appartenez au clan des actifs, combien de pas franchis, chaussés d’idéaux, d’utopies  ou de rêves ? Notre sécurité de base garantie !

Plus difficiles c’est évident, les pas qu’impose le réel !

C’est là, précisément, que nous attend l’incontournable rendez-vous avec l’inconnu que Prévert nomma « étrange étranger ». Freud parle, lui, d’ « inquiétante étrangeté ».

Ici, rien à voir, avec les grands pas (trop grands ?) effectués dans le cadre d’une promesse ou d’un  engagement devant témoins… Non ! Ces  enjambées là, nous portent plus avant certes, mais l’étrangeté en est si cadrée qu’elle ne diffuse plus qu’à dose homéopathique… Ni le réel ni ses inconnus ne parviennent jusqu’à nous ! Tant le passage est favorisé par les normes sociétales ou nos accordages sécuritaires.

En fait, le pas qui nous ouvre l’horizon diffère-t-il vraiment de la sommation, de 1’imposition ?

Certes ! Actes manqués, lapsus et associés participent-ils de ces injonctions, les plus intimes mais uniquement si déguisés en contrebandiers !

Alors, quelles alternatives à notre surdité d’avec le réel ?

… Et moi qui ai mis tant d’années, plusieurs décades et même ! Presque un lustre à le ré-a-

liser !

Parfois, c’est vrai, la médiation est assurée par nos émotions… encore que nous soyons bien  maladroits, souvent, à les décoder, tour à tour trop pressés ou fragilisés.

Tout récemment, je reçus en plein cœur un réel, celui de l’annonce du cancer de N.

Pas de fuite possible, aucune issue: le réel nous empoigne violemment et impose, avec urgence, que nous mettions à l’ordre du jour d’autres façons d’être, de penser, d’anticiper et de réfléchir

Plus de frontière derrière lesquelles se cacher… La réalité tel un mirador auquel l’on ne peut échapper…

Depuis ce choc frontal, combien ai-je arpenté de terres pour en re-sonder la texture et la teneur ?

Avec quelle rage désespérée, me suis-je investie dans d’autres modalités d’être-avec… ?

Oui, je me bats avec les  cruautés du réel, lutte avec ce qu’exige la lucidité.

Le réel, à ce jour, ne rime plus qu’avec destin…

Je compte sur vous, amis ou parents, passeurs ou lecteurs, pour initier quelques perspectives à ces réels par trop intraitables…

Dans l’une de ses nouvelles, Bernard Besret, évoque un écriteau, déposé sur la 1ère marche de l’escalier « la concierge est dans l’escalier « Oui, plus que jamais j’ai besoin d’un(e) concierge pour gravir les étages du réel et de ses inconnus ».

Wissem El-Abed
Echelle 1/1, A4, encre sur papier Ingres moisi, mai 2020
© wissem el-abed