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Valeria Meneghelli

28 mai 2020
L’Arrivée

Quand je suis arrivée, je n’avais pas d’attentes.
Légèreté de l’adolescence, pourrait-on l’appeler.
La trouver pourtant, cette légèreté, dans la chaleur suffocante d’un été (plus tard, d’autres ont suivi…)
A pourchasser les pastèques entravées par les filets des Isuzu qui avançaient lentement sur la route poussiéreuse.

Quand je suis arrivée, je n’avais pas de préjugés.
Naïveté de la jeunesse, pourrait-on l’appeler.
Découvrir la joie du nouveau, sans vraiment le savoir.
En dévalant la pente raide vers les maisons, en bas de la colline, jusqu’à la plage.
La cuisine pleine de voix de femmes (parfois d’hommes aussi). Une odeur de famille qui se glisse dans les recoins des pièces.

Quand je suis arrivée, je ne connaissais pas la langue.
Ignorance, pourrait-on simplement l’appeler.
Apprendre une langue alors, pour ensuite l’oublier.
Et puis en apprendre une autre (parce que la première n’était pas la bonne).
Parfois en savourant, parfois en haïssant ce mutisme qui t’oblige à écouter.

Quand je suis arrivée, je n’avais pas un amour.
Et ça, comment pourrait-on l’appeler ?
Peut-être il suffit juste de l’appeler. Et puis c’est tout. Hé ! T’es là ?
Et il a répondu.
Le trône de la mariée est vide, mais la porte est ouverte.
Un pas dans un pays qui n’est pas le tien.
Chez soi. (Pour combien de temps ?)

Arrivo

Quando sono arrivata non avevo attese
Forse la chiamerebbero leggerezza dell’adolescenza
E invece trovarla, quella leggerezza, nell’afa soffocante di un’estate (cui ne sono seguite altre, più tardi…)
A inseguire i cocomeri imbrigliati nelle reti delle Isuzu che avanzano lente sulla strada impolverata

Quando sono arrivata non avevo pregiudizi
Forse la chiamerebbero ingenuità della giovinezza
Sperimentare la gioia del nuovo senza saperlo
Percorrendo la discesa ripida verso le case giù, in basso alla collina, fino alla spiaggia
E la cucina piena di voci di donna (talvolta anche di uomini). Un odore di famiglia che si insinua negli angoli delle stanze

Quando sono arrivata non conoscevo la lingua
Forse la chiamerebbero semplicemente ignoranza
Allora imparare una lingua, per poi dimenticarla
E poi impararne un’altra (perché la prima non era quella giusta)
Talvolta assaporando, talvolta detestando il mutismo che ti costringe ad ascoltare

Quando sono arrivata non avevo un amore
Forse la chiamerebbero… come la chiamerebbero….
Forse lo chiamano e basta. Ehi! Ci sei?
E lui ha risposto.
Il trono della sposa è vuoto, ma la porta è aperta.
Un passo in un paese non tuo.
Casa. (Per quanto tempo?)

Traduction de l’italien :
Sonia Bouzouita et Valeria Meneghelli

Marianne Catzaras
Série Traversées, photographie, 2019
© marianne catzaras

Alessandra Guttagliere
Lentamente dissetarsi (Doucement étancher la soif), enregistrements de 2014 (Tunis, voix et prières) et 2018 (Taranto, synth), Mai 2020
© Alessandra Guttagliere

Dominik
quand je suis arrivée…, peinture acrylique et craie grasse sur toile,
120 x 80 cm, juin 2020
© dominik