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Nine Moati

3 mai 2020
Pas dans la rue 


J’ai la chance d’habiter dans un quartier très animé de Paris, peut être le plus animé. Pour ne rien vous cacher en plein centre de la capitale, dans le quartier de l’odéon. Bref, d’habitude, je descends de mon perchoir et j’ai tous les cinémas, les cafés, les restaurants, les boutiques avec les dernières collections, bref, un rêve… Et puis depuis de longues semaines, je suis, comme le monde entier, oui, le monde entier, confinée chez moi. Oh, je ne me plains pas, j’adore mon petit appartement ou j’ai tout ce qu’il faut pour une femme seule. Mais le confinement qui risque d’être long, me pèse. Heureusement l’autre jour, mes filles, des femmes maintenant sont venues me chercher pour faire quelques pas dans la rue. Je suis donc descendue avec elles avec un masque et des gants de protection…

Et dans la rue déserte, j’ai fait mes premiers pas. On s’est arrêté devant un banc vide et on a téléphoné à mon frère pour qu’il nous rejoigne… J’ai vu quelques amies passer, j’ai reconnu du moins quelques amies, malgré les masque et l’air confiné. Mais j’avais du mal à reconnaitre ma rue… Le café d’en bas était fermé avec juste les trous ou d’habitude on glissait les protections en verre… Toutes les boutiques étaient bien sur fermées… Les restaurants, si nombreux aussi, fermées et ils ne savent pas à quand est fixé leur réouverture. Le patron du plus couru des restau du quartier s’est reconverti dans la fabrication de masques… Et surtout, ce qui me désole ;  c’est la façade immuable des cinémas : toujours à l’affiche mais porte close, le temps passe: la vie de Marie Curie, J’accuse, etc…

Voilà, j’essaie de sortir mais ma rue est encore plus lugubre que mon appart… Aussi, j’ai décidé d’attendre maintenant sagement chez moi le déconfinement. Sortir maintenant ne rime plus à rien pour moi. Et j’attends donc qu’on nous redonne la permission de vivre librement, d‘embrasser les petits enfants, nos proches, nos amies… de donner rendez-vous dans un café ou de grignoter au restaurant, Bref la vraie vie quoi !!!!

Najet Dhahbi
Journal sans poils J21, acrylique sur toile, 40 x 40cm, mai 2020
© najet dhahbi