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Marianne Catzaras

17 mai 2020

8 juillet. 15 0ctobre. 10 février,  répétait elle
Ça voulait dire quelque chose ?
Elle répétait les chiffres et le nom des saisons
Calmement, minutieusement.
Cela ne lui disait rien.
Dans sa tête
Un grand trou ,un grand trou sans couleur.
Elle répétait les mots.
Des lambeaux dispersés sur la jetée.
Une image dans sa tête l’accompagnait
étrangement  imprécise.
Un arrêt sur image
Particulièrement flou et net à la fois.
Un port ,deux, trois peut -être.
Des passagers, un embarcadère aux vitres cassées.
Un récit. Un inventaire, une liste sur un bout de papier
De choses à emporter quand on voyage
et une autre liste.
Toujours une autre liste
Celle -là
Pour réapprendre à vivre.
C’était le temps des souvenirs
Des besoins  du quotidien.
Mais qui lui avait donné ce papier ?
Elle ne se souvenait plus
Elle faisait la queue comme tout le monde.
Réapprendre à vivre
C’était le plus important
Quelle drôle d’expression
Réapprendre à vivre.
Elle avait erré tout le jour
Avec des oiseaux dont elle ne connaissait pas le nom.
Elle allait, venait
Mais c’était avec les autres qu’elle se sentait le mieux
Ceux du port
Ceux qui regardaient en direction de la mer.
Ça ,elle le savait.
Que regardaient -ils d ailleurs
Quelle image apporte donc  l’attente
Aux immobiles du port ?
Quelle musique accompagne les vagues du retour ?
Une inscription sur une porte
Une date de construction
Une généalogie confuse se dessinait.
Une géographie de la présence s’imposait
Dans son histoire à elle
Une chaise à bascule brûlait.
Non c était pas son histoire
On la lui avait prêtée.
On lui avait donné des vêtements
Et une photo au cas où elle se perdrait en route.
Mais sur ce quai on ne parlait même plus d’errance.
Les choses avaient changé.
On se prêtait les noms  et les lieux de naissance.
On s’échangeait les habits
Pour ne pas avoir froid.
Meme s’ils ne savaient plus ce qu’était le froid.
Ils se tenaient par la main
Ensemble.
Ils étaient devenus pareils.
Une procession épaisse
déchirait le paysage.
Elle avait reconnu un bus
Une intuition
Un accident à un carrefour
Des traces sur le bitume.
Le bus au capot défoncé.
Elle ne savait pas qu’il était amarré
Comme les bateaux
Comme les vieilles statues
Qu’on avait sorties
Des musées de province
Car personne ne les visitait.
La province.
Elle pourrait aller  y chercher un visage.
Mais elle ne savait pas  quelle langue utiliser.
Ils allaient et venaient
Les peuples
A la recherche de ceux qui dicteraient
les fonctions de chaque objet
Avant de s’ occuper de l’identité.


Elle était dans le bus
Penchée à la fenêtre
Elle avait besoin de ce vent qui habillait la peur
De cette poussière marine qui accompagnait les voyages .
Elle répétait le nom des lieux
Le nom des pays le mot horizon le mot carnet
Le mot visage
Elle ne savait pas ce que voulait dire
Attaché ,être à quai.
9 fèvrier.

Mouna Jemal Siala
Vénus pudique, format A4, mixte (photo/collage/dessin) , Mai 2020
© mouna jemal siala

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Stella Bolonaki
Trip, 60×40 cm, 2019
© stella Bolonaki

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Sarah Mistral
Νύχτα χωρίς αστέρια (une nuit sans étoile), Mai 2020
© sarah mistral