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Mitasanl Tadihece

29 mai 2020
La première fois où je suis retournée à la mer

La piscine silencait toute volonté, taisait toute intégrité, effaçait toute parole. Il y avait des coups comme des vagues, des hommes que ça faisait rire, de noyer une enfant. L’eau de la piscine était un étouffement. Rectangulaire, plate, pas profonde, une symbolique de paix, de luxe, de calme, de repos, sans mouvement ni choc. Des ondes pas physiques, un silence plat. Lisse, sans vagues, sans digues. Un sol dur que l’on pourrait ressentir, pas une lagune non. Par une lacune des lois physiques, par une tentacule de mains masculines, des enjants auraient pu jouer, des hommes noyaient : l’abîme éjacule. La piscine comme un terrain de chasse délimité, la piscine comme lieu et comme moyen, la piscine, c’est là qu’ils m’ont violée, pas de cri à couvrer. Ni respiration, ni vagues.

La mer, on a beau la voir tous les jours, on ne si fait jamais vraiment tout à fait. Ma mer, elle ne ressemblait pas à toutes les autres, elle n’avait pas tout à fait la même couleur ni les mêmes sons. Ma mer, je tournais les yeux devant ses mouvements, je faisais des détours dans la ville pour ne pas l’a croiser. Plus de promenades, les Anglais n’arrivent plus, c’est l’amnéhorrée méditerranéenne, et c’est l’aquaphobie cornélienne. Plus de flux, plus de vagues, plus de flot, plus de bravade. Ni promenades au phare, ni vagues, je n’irai plus bronzer. Les années flottant, ne coulant plus, il a été question de sociabilité, il fût sujet d’amicalité, de sables et de soleils. Qui n’aime pas aller à la mer ? Celle qui a peur des piscines ?

La première fois où je suis sortie de mon monde, je suis sortie de ma peur de l’eau pour m’y baigner. La première fois ressentie l’onde, plus le choc brutal des armées. Comment quelque chose qui vous fait se sentir si complet peut autant vous vider le ventre, comment un si plein devient trop plein, une algue vibrante devenir halte contrariante. Je n’ai jamais vraiment voulu retourner à la mer. La moindre goutte guettée se faisait oppressante. Je criais pour une éclaboussure, on ne met jamais d’eau dans son vin. Mais la mer n’est jamais seulement une vaste étendue d’eau salée, ma mer c’était un faste, détendu, affalé. Le jour où je suis sortie de ma peur, j’ai pu dans l’indifférence générale, car personne ne semble remarquer que la noyade tue, que l’eau tue, j’ai pu poser un pied sur un rocher, descendre de ce rocher dans ce qui n’a rien de naturel, et descendre au sable comme on ne descend pas à la mer.