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Alya Hamza

14 mai 2020

Me voilà à quatre pattes, moitié peinant, moitié rampant, pestant contre la curiosité qui m’avait amenée là. Dieu sait pourtant que je n’appartenais pas à cet univers. Croyante, bien sûr, j’avais la foi du charbonnier, et pratiquait une religion qui s’apparentait davantage à une morale et une tradition qu’à un culte orthodoxe et rigoureux. Aussi, me retrouver dans la grotte de Sidi Belhassen, la Maghara où le miracle divin permit au saint et à ses quarante compagnons de survivre à la réclusion en multipliant les pains, ne faisait guère partie de mon mode de vie habituel. Jusques là, la fréquentation des marabouts relevait pour moi davantage de l’intérêt architectural et patrimonial que mystique. D’où l’insolite de la situation. Et ce d’autant plus que cette visite n’était pas offerte au commun des mortels, mais relevait d’une faveur insigne que je ne pensais pas mériter.

Un évènement douloureux, une période de fragilité psychologique, un mal être peut-être, avaient incité des amis affectueux à organiser cette visite pour moi. Je les avais suivis, à mi-chemin entre espoir et scepticisme.  

J’ai donc parcouru le boyau, franchi des marches taillées pour des géants, et débouché, ahanant et poussiéreuse dans la grotte sacrée. On m’avait promis la lumière. J’y trouvais une qualité du silence, une densité de l’air, une dilatation de l’ombre, un écho de la pensée. Dire qu’une profonde sérénité se dégageait de ce lieu serait cliché. Aussi ne le dirai-je pas. Mais le regard des autres quand je sortis de là avait changé.  

Florence Conan
Open Mount, collage, pastel et fusain sur papier, 40×30 cm, Mai 2020
© florence conan

Achille Adonon
LaDy n°1, sculpture (assemblage de chaussures), 70x 22x 15 cm, 2020
© achille adonon